Francorchamps (Stavelot), Belgique
Spa-Francorchamps : de la cave de Masta au gravier du Raidillon
Histoire de Spa-Francorchamps : boucle routière de 14 km, révolte des pilotes, raccourcie en 1979, drames au Raidillon, travaux de 2022, journées de piste.
- Type
- circuit
- Longueur
- 7,004 km
- Ouverture
- 1921

La pluie s'est mise à tomber dans le premier tour du Grand Prix de Belgique 1966, alors que le peloton arrivait au virage de Masta. Sur les seize voitures parties, six seulement ont bouclé ce premier tour. La BRM de Jackie Stewart a heurté un poteau télégraphique, puis une cabane de bûcheron, et s'est immobilisée dans la cave extérieure d'un bâtiment de ferme ; le pilote est resté coincé dans le cockpit, où se déversait le carburant du réservoir déchiré. Graham Hill et Bob Bondurant l'ont extrait avec une clé empruntée à un spectateur, au bout de vingt-cinq minutes. De cette cave de Masta est née la campagne pour la sécurité qui a changé tout le sport et qui a fait de la longue boucle tracée sur les routes ardennaises sa première cible.
| Localisation | Francorchamps, commune de Stavelot, avec des portions sur le territoire de la commune de Malmedy, Wallonie, Belgique ; aucune section du circuit ne se trouve sur le territoire de la ville de Spa |
| Type | circuit permanent, jusqu'en 1979 boucle sur routes publiques, entièrement fermé à la circulation depuis le tournant du siècle |
| Longueur | 7,004 km (configuration depuis 2007) ; 6,947 km après le raccourcissement de 1979 ; 14,100 km dans la dernière version de l'ancienne boucle |
| Année d'ouverture | 1921 (première course motocycliste), 1922 (première course automobile) |
| Sens de roulage | dans le sens des aiguilles d'une montre (licence FIA : pole position à droite) |
| Dénivelé | environ 100 m entre le sommet des Combes et le virage Paul Frère ; le Raidillon à lui seul franchit environ 40 m avec une pente de 17 % |
| Homologation | FIA grade 1 (licence valable jusqu'au 15.07.2026 selon la liste de juin 2024), FIM grade C depuis 2022 |
| Record du tour | 1:44,701, Sergio Pérez, Red Bull RB20, Grand Prix de Belgique 2024 (record officiel en course F1 sur la configuration de 7,004 km) |
| Record de l'ancienne boucle | 3:13,4 (moyenne de 262,461 km/h), Henri Pescarolo, Matra-Simca MS670B, 1000 km de Spa, mai 1973 |
| Propriétaire et exploitant | SA de droit public « Le Circuit de Spa-Francorchamps », société publique dont l'actionnaire principal est la Wallonie (Région wallonne) via Wallonie Entreprendre |
| Principales épreuves | Grand Prix de Belgique de F1 (1925–1970 avec des interruptions, depuis 1983), 24h de Spa (depuis 1924), 6h de Spa WEC, 24h de Spa EWC Motos (retour en 2022) |
| Statut | en activité, environ 220 jours d'exploitation par an selon l'exploitant |
Trois routes et un seul pilote engagé
L'idée est née de la volonté de faire renaître une course organisée par un journal. Après la Première Guerre mondiale, Jules de Thier, directeur du quotidien liégeois « La Meuse », cherchait un moyen de relancer la Coupe La Meuse ; lors d'une réunion à Francorchamps avec le baron Joseph de Crawhez, bourgmestre de Spa, et le pilote Henri Langlois van Ophem, il a été convenu que le triangle de routes reliant Francorchamps, Malmedy et Stavelot ferait une boucle idéale. Le côté est de ce triangle se trouvait encore peu avant en Allemagne : le ruisseau de l'Eau Rouge marquait la frontière, et l'épingle à son pied a porté plus tard le nom de Virage de l'Ancienne Douane, du poste de douane qui s'y tenait jusqu'en 1920. La première course automobile était prévue pour août 1921. Un seul pilote s'est engagé. L'épreuve a été remplacée par une course de 23 motos, remportée par Hassal sur une Norton 500 à une moyenne d'environ 90 km/h.
Les voitures sont arrivées un an plus tard. En 1922, le Royal Automobile Club de Belgique (RACB) a organisé à Francorchamps son premier Grand Prix de Belgique, une course d'endurance pour voitures de sport, remportée par l'Impéria-Abadal de l'équipage Tornaco-Bruyère à une moyenne de 88,9 km/h. Dès mars 1922, la presse néerlandaise parlait du « célèbre circuit de Francorchamps », où devait se dérouler en juillet le Grand Prix de Belgique moto avec la participation de Gillet, Saroléa, FN, Norton, Triumph et Indian. En 1924, après la construction d'une cabine de chronométrage, d'un tableau des résultats et d'une tribune de presse, le RACB a organisé les premières 24 heures de Francorchamps, un an après les premières 24 Heures du Mans.
Le beau monde a afflué en juin 1925 pour le Grand Prix d'Europe. L'automobile club belge avait auparavant invité une cinquantaine de journalistes à parcourir le tracé dans deux autocars ; le correspondant du « De Telegraaf » d'Amsterdam a décrit la « ravissante vallée de l'Eau Rouge » enserrée entre trois crêtes ardennaises et une tribune presque achevée. La course elle-même, le 28 juin, a été remportée par Antonio Ascari sur Alfa Romeo à une moyenne d'environ 120 km/h ; le reporter du « Het Nieuws van den Dag » notait que les champs autour du circuit avaient été envahis par les voitures venues de tous les Pays-Bas, et que le rugissement des moteurs sonnait « comme si une foule innombrable poussait un long cri aigu ». Six semaines plus tard, pendant le Grand Prix de Belgique moto disputé par quarante concurrents, l'Anglais Hollowell a trouvé la mort juste après le départ ; la ligne droite entre Masta et Stavelot a ensuite porté son nom dans le vocabulaire anglais du circuit.
Une route construite pour la vitesse
Les transformations suivantes ont servi une seule chose : la vitesse. En 1928, la surface en terre a été recouverte d'asphalte pour que les voitures cessent de projeter des pierres ; un an plus tard, les virages ont été signalés par des panneaux en bois placés à 50 cm de hauteur, dans l'axe des phares. La chicane de Malmedy a été supprimée en 1930, rétablie quatre ans plus tard et abandonnée définitivement en 1939. Le plus grand changement est venu en 1939 : l'épingle serrée près de l'ancien poste de douane a été remplacée par un raccord court et raide en montée, avec une pente de 17 %, que les Belges ont appelé Raidillon et que les étrangers s'obstinent à appeler Eau Rouge, du nom du ruisseau qui coule sous le petit pont à son pied. La même année, lors d'un Grand Prix de Belgique pluvieux, Richard Seaman, en tête pour l'équipe Mercedes-Benz, est sorti au 22e tour, a heurté un arbre par le flanc, la voiture a immédiatement pris feu et le pilote est mort quelques heures plus tard.
Après la guerre, le circuit a été reconstruit et les courses sont revenues en 1947, quand Jean-Pierre Wimille a gagné le Grand Prix d'Europe sur Alfa Romeo. En 1949, trente stands en maçonnerie ont été édifiés, dix avec terrasse, chacun de 3 sur 2,5 m : l'embryon d'une voie des stands. Pour le premier Grand Prix de Belgique du championnat du monde de Formule 1, remporté en 1950 par Juan Manuel Fangio, la chaussée a été élargie à 8 m, un nouveau revêtement a été posé et un nouveau virage de Stavelot a été construit afin de supprimer l'épingle de Chefosse. En 1956, la route est passée à 10 m de largeur, les courbes de Malmedy, des carrières et de Blanchimont ont été adoucies, et le public a été séparé par un muret de 1,1 m de hauteur ; à l'hiver 1956/57, la tour de direction de course, la Tour Englebert, a été érigée au-dessus des stands. En 1960, le chroniqueur de « Motor Sport » décrivait déjà « le magnifique circuit de 14,1 kilomètres dans les montagnes des Fagnes », où les pilotes de Formule 1 tournaient à des moyennes de plus de 130 miles à l'heure.
L'ancienne boucle était en réalité une longue route rapide avec un seul endroit vraiment lent : l'épingle de La Source, aujourd'hui encore le virage le plus lent du circuit. Depuis Les Combes, la route descendait par Burnenville vers Malmedy, puis suivait la ligne droite de Masta avec son fameux S entre les maisons, poursuivait vers Stavelot et de là remontait par La Carrière et Blanchimont jusqu'à La Source. Stewart lui-même a qualifié Masta de « virage de loin le plus difficile du monde » ; les voitures y arrivaient à leur vitesse maximale, environ 300 km/h, et à l'extérieur de la courbe à gauche se dressait une maison, derrière laquelle le terrain plongeait des deux côtés de la route. Le record de cette route ne sera plus battu : lors des essais précédant les 1000 km de Spa en mai 1973, Henri Pescarolo a bouclé un tour en 3:13,4, à une moyenne de 262,461 km/h, au volant d'un prototype Matra-Simca MS670B, sur une boucle qui mesurait alors 14,100 km. Jacky Ickx avait été encore plus rapide la veille en qualifications, mais l'exploitant considère ce temps comme officieux.
La cave de Masta
Le prix de cette vitesse montait à chaque décennie. Le Grand Prix 1960 s'annonçait comme un retour des grandes et longues courses : le RACB avait allongé la distance à 500 km, et Jack Brabham était descendu aux essais en 3:50,0, sept secondes de mieux que le meilleur tour de 1958. Le samedi, Stirling Moss a perdu une roue après la rupture d'une fusée de demi-arbre à la sortie de Burnenville, a été éjecté de la voiture et s'est retrouvé à l'hôpital avec le nez cassé, des blessures au dos et des fractures aux deux jambes, et presque au même moment Michael Taylor est parti dans les arbres à La Carrière après la rupture de sa colonne de direction. Le dimanche 19 juin, au 19e tour, Chris Bristow, en lutte avec Willy Mairesse, a pris une mauvaise trajectoire à Burnenville, a perdu le contrôle de sa Cooper et a été tué sur le coup ; six tours plus tard, Alan Stacey est sorti sur la courbe rapide de Malmedy au volant de sa Lotus « sans raison évidente », comme l'écrivait le chroniqueur de « Motor Sport », et la voiture a brûlé.
Après son accident de 1966, Stewart a d'abord été conduit dans un poste médical de fortune avec des mégots par terre, et l'ambulance qui devait le mener à l'hôpital de Liège s'est égarée en chemin. Des années plus tard, il a raconté qu'il n'y avait sur le circuit « aucun commissaire du tout » et que, si Hill et Bondurant n'étaient pas sortis dans la même flaque, il ne serait plus de ce monde aujourd'hui. Son combat pour les rails de sécurité et les services médicaux n'était pas populaire ; Denis Jenkinson, de « Motor Sport », écrivait en 1969, lorsque les pilotes ont boycotté Spa, qu'il avait toujours considéré qu'un pilote de Grand Prix avait le courage de relever un défi que les gens ordinaires ne sont pas assez braves pour affronter, « et maintenant je n'en suis plus sûr ». Le Grand Prix 1969 n'a pas eu lieu. Un an plus tard, après la pose de rails le long du tracé et l'insertion provisoire d'une chicane à Malmedy, Pedro Rodríguez a remporté sur BRM le 29e et dernier Grand Prix de Belgique sur la grande boucle, à une moyenne de 241 km/h ; ensuite, comme le formule l'exploitant, « sous l'impulsion du champion Jackie Stewart », l'association des pilotes de F1 a jugé Francorchamps trop dangereux.
Les voitures de sport et de tourisme ont encore roulé ici pendant neuf ans. La nuit de la course de 24 heures du 21 juillet 1973 a clos le duel entre BMW et Ford par une tragédie : la CSL de Hans-Peter Joisten, en tête, s'est mise en travers et a été percutée par l'Alfa Romeo de Roger Dubos, les deux pilotes ont été tués sur le coup, et une demi-heure plus tard Massimo Larini a franchi le rail aux Combes et est mort de ses blessures. En 1975, on a tenté de dompter le S de Masta par une chicane, mais après essais elle a été jugée plus dangereuse que le virage lui-même et n'a jamais été utilisée en course. Au printemps 1976, la presse néerlandaise rapportait brièvement : le circuit de Francorchamps va être raccourci, après les protestations des pilotes le jugeant trop dangereux.
Une nouvelle boucle, la vieille Eau Rouge
La nouvelle section quittait le Kemmel juste avant Les Combes, descendait la vallée et rejoignait l'ancienne route avant Blanchimont, dans un virage nouveau baptisé plus tard du nom de Paul Frère ; la boucle a été ramenée à 6,947 km. La première course automobile sur le nouveau tracé a été les 24h de Francorchamps en juillet 1979 ; les motocyclistes y étaient venus plus tôt et, au Grand Prix de Belgique, les meilleurs concurrents, dont le champion du monde Kenny Roberts, se sont retirés en jugeant la nouvelle section dangereuse. Le même été, les Français Léon et Chemarin ont fait de même avant les 24 heures de Liège ; le circuit avait reçu quelques mois auparavant une nouvelle couche d'asphalte. Le reporter de « Motor Sport » a parcouru la nouvelle partie en AMC Spirit V8, a noté les noms de Bonn, Bruxelles, Dublin, Londres, Paris, Rome et Liège, et s'est entendu dire par Hans Stuck qu'avant le retour de la F1 il fallait corriger trois choses : donner un dégagement à l'Eau Rouge, revoir La Source et les stands, car la voie des stands actuelle est « de loin trop étroite ». Le même texte mentionnait que le coût de la transformation avait été couvert par des « millions de francs gouvernementaux belges ».
En 1981, pour ralentir les voitures avant l'entrée sur la courte ligne droite menant à La Source, une chicane a été insérée, aussitôt surnommée Bus Stop : à l'époque où la chaussée était une route publique, un arrêt d'autobus s'y trouvait. La Formule 1 est revenue en 1983 avec de nouveaux stands entre la chicane et La Source ; la course a été gagnée par Alain Prost sur Renault. Peu de gens ont alors remarqué que le Raidillon avait été adouci, avec plus de place à l'extérieur de la courbe à droite ; les photos de 1982 et 1983 le trahissent par le déplacement d'un grand panneau publicitaire Texaco. Keke Rosberg, qui découvrait le circuit, disait à Nigel Roebuck :
« Par endroits, ça fait un peu peur. Ce gauche-droite, l'Eau Rouge, en bas de la pente, n'est pas vraiment le morceau de piste le plus facile que j'aie rencontré. Il est fabuleux, c'est un de ces endroits qui rappellent pourquoi on est payé pour piloter des voitures de course ».
La nouvelle boucle n'a pas levé la malédiction de l'Eau Rouge. Le 1er septembre 1985, au 78e tour des 1000 km de Spa, Stefan Bellof, sur la Porsche 956B de l'équipe Brun, a tenté de passer Jacky Ickx par l'extérieur à l'Eau Rouge à environ 240 km/h ; les voitures se sont touchées, le rail de gauche a cédé et la Porsche a percuté le mur sous la tribune. Bellof est mort une heure plus tard ; il avait 27 ans. Jochen Mass, son ancien coéquipier, a déclaré des années plus tard dans un reportage de l'ARD que la manœuvre à cet endroit « n'était pas faisable ». En 1990, le pilote local Guy Renard a trouvé la mort aux 24h de Spa, sa Toyota Corolla ayant été percutée après s'être arrêtée au sommet du Raidillon. Après la mort d'Ayrton Senna et de Roland Ratzenberger à Imola, la FIA a inséré pour le Grand Prix 1994 une chicane provisoire à l'entrée de l'Eau Rouge, en promettant qu'elle ne servirait que pour cette course ; en 1995, le virage est revenu avec un bac à gravier élargi enroulé autour de la tribune en béton. Jenkinson lui-même expliquait alors pourquoi ce passage est exceptionnel :
« L'Eau Rouge en soi n'est rien. L'Eau Rouge avec le Raidillon, c'est déjà quelque chose, mais ajoutez la bosse au sommet et vous avez un merveilleux morceau de circuit. La voiture change de direction à la verticale au moment même où elle en change à l'horizontale ».
Le circuit restait en partie une route nationale. Les automobilistes venant de Spa vers Malmedy empruntaient le Raidillon, tandis que le trafic en sens inverse passait par l'ancienne route derrière les tribunes. Il a fallu la construction du contournement N62c à l'est du circuit pour pouvoir le fermer à la circulation ; selon l'exploitant, le circuit est devenu entièrement permanent, avec 220 jours d'exploitation par an. Aujourd'hui, du côté de Stavelot, l'ancienne section se termine en cul-de-sac, comme accès au circuit de karting et à des terrains internes.
Faillite, Ecclestone et la Région wallonne
Avec la F1 sont revenus des problèmes qui dépassaient la question de l'asphalte. En 2003, le Grand Prix est sorti du calendrier à cause d'une loi belge interdisant la publicité pour le tabac. Fin 2005, la société DDF1, organisatrice de la course, a fait faillite, et le 8 février 2006 la FIA a annoncé le retrait du Grand Prix de Belgique du calendrier « de façon à permettre l'achèvement de travaux d'amélioration des installations du circuit » ; les responsables politiques wallons chiffraient les travaux exigés par la FIA entre 15 et 20 millions d'euros, et selon la presse belge citée par « La Libre », Bernie Ecclestone devait reprendre l'organisation à partir de 2007 pour cinq ans, à condition que la Région rembourse 18 millions d'euros de dettes et investisse 15 millions dans le circuit. La transformation menée entre 2006 et 2007 a apporté de nouveaux stands aux normes FIA ; le déplacement de l'épingle de La Source et le remplacement du Bus Stop par une nouvelle chicane ont porté le circuit à 7,004 km. Depuis fin 2006, le Grand Prix est organisé par la société Spa Grand Prix, d'abord sous la direction d'André Maes, remplacé fin 2018 par Vanessa Maes.
Parallèlement, la Wallonie mettait de l'ordre dans la propriété. Jusqu'en 2011, le circuit était géré par deux structures : une association intercommunale responsable de l'infrastructure, créée en 1968, et la société « Circuit de Spa-Francorchamps » chargée de l'exploitation, constituée en 2003. Le décret du parlement wallon du 5 décembre 2008 a créé la société anonyme de droit public « Le Circuit de Spa-Francorchamps », au capital de 100 000 euros, avec une majorité du conseil d'administration désignée par le gouvernement wallon et la Sogepa, bras financier de la Région, comme administrateur d'office. Le ministre du Budget Michel Daerden a alors déclaré sans détour au parlement que la « fonction spéciale » dans la nouvelle société reviendrait à Jean-Marie Happart, jusqu'alors président de l'intercommunale, et que la Formule 1 continuerait d'être gérée par Spa Grand Prix, présidée par Étienne Davignon. La fusion s'est faite avec plus de deux ans de retard, en février 2011 ; la nouvelle société appartenait à 99 % à la Région wallonne via la Sogepa. Aujourd'hui, l'actionnaire principal est la Wallonie via Wallonie Entreprendre, et siègent aussi à l'assemblée générale la province de Liège, les villes de Stavelot, Malmedy, Spa et Verviers, la Communauté germanophone, le RACB et plusieurs clubs automobiles. Le bilan restait lourd : selon « L'Echo », la société affichait pour 2017 une perte reportée de 5,54 millions d'euros, en baisse par rapport aux 16,6 millions hérités de ses deux devancières en 2010.
Même le sol sous le circuit rappelait l'âge de l'installation. En mars 2010, un dimanche peu avant midi, le tunnel de Blanchimont passant sous la piste s'est effondré sur une dizaine de mètres ; construit en tôles boulonnées en 1977–1978 lors de la construction de la nouvelle boucle, il n'a fait aucun blessé. Le circuit a été fermé jusqu'au 15 avril. En 2018, le virage à gauche en descente situé après la longue courbe de Bruxelles, connu jusqu'alors sous le nom de Speaker's Corner parce qu'on ne le voyait que depuis l'ancienne cabine du speaker, a reçu le nom de Jacky Ickx ; Ickx lui-même a bouclé un tour lors de l'inauguration au volant d'une Ferrari 312B de 1970.
Kemmel, 31 août 2019
La course de Formule 2 du samedi, pendant le week-end du Grand Prix 2019, a été interrompue au deuxième tour. Giuliano Alesi a perdu le contrôle de sa voiture à l'Eau Rouge, et Anthoine Hubert, pilote de l'équipe Arden et champion de GP3 en 2018, a été percuté à grande vitesse par Juan Manuel Correa à la sortie du Raidillon. La FIA a indiqué que l'incident impliquant les voitures numéro 12, 19 et 20 s'était produit à 17 h 07 et qu'Hubert était mort à 18 h 35 ; Correa a été transporté dans un état stable au CHU de Liège. Le rapport du département sécurité de la FIA de février 2020 parlait d'une « séquence d'accident prolongée et complexe » impliquant quatre pilotes et terminée par un choc latéral sur la voiture d'Hubert, d'une énergie dépassant les limites de survie, sans cause unique et sans preuve qu'un pilote ait mal réagi aux drapeaux jaunes ; la réaction des commissaires et de la direction de course a été jugée « rapide et bonne ».
Quatre ans après l'accident d'Hubert, le 1er juillet 2023, lors de la deuxième course de Formule Régionale, disputée sous la pluie en lever de rideau des 24h de Spa, après une relance juste avant la fin, Tim Tramnitz s'est mis en tête-à-queue au sommet du Raidillon, et le Néerlandais de dix-huit ans Dilano van 't Hoff, arrêté en travers de la ligne droite du Kemmel, a été percuté latéralement à grande vitesse ; selon nl.motorsport.com, par la voiture d'Adam Fitzgerald. Le pilote de MP Motorsport est mort et la monoplace s'est brisée en deux.
Quatre-vingts millions et le retour des motos
La réponse à ces accidents est venue en même temps que les motos. Le 9 octobre 2020, le ministre wallon de l'Économie Willy Borsus et la directrice générale du circuit Nathalie Maillet ont annoncé un plan d'investissement de 80 millions d'euros étalé sur dix ans : 21 millions de fonds propres, un prêt de 29,5 millions de la Sogepa et un prêt bancaire du même montant. La raison en était un contrat de dix ans signé avec Eurosport Events pour une manche du championnat du monde d'endurance moto, qui exigeait une homologation FIM de grade C : agrandissement des zones de sécurité, rails moins saillants et retour du gravier à La Source, au Raidillon, aux Combes, à Stavelot et à Blanchimont. Le Raidillon, disait Maillet à la RTBF, « est le virage le plus risqué mais aussi le plus spectaculaire au monde » ; « on ne va pas y toucher par contre, on va le sécuriser en creusant la roche pour ouvrir ». Le communiqué assurait que le tracé de 7,004 km resterait inchangé, mais la vidéo accompagnant l'annonce montrait une nouvelle variante alternative du virage à gauche après Bruxelles pour les motos, à côté de celle existante pour les voitures.
La clé du projet était une tribune : couverte, de 4600 places, avec des loges, au sommet du Raidillon, à l'emplacement du chalet du club EBRT, avec vue depuis la sortie de Blanchimont jusqu'à la montée du Kemmel ; une seconde, de 4150 places couvertes et 3000 non couvertes, devait remplacer l'ancienne tribune des 24h dans la descente. Maillet disait que les fans réclamaient une tribune au-dessus du Raidillon depuis des décennies et que le nombre de places assises passerait de 13 100 à 26 000. Elle n'a pas vu l'inauguration : le 15 août 2021, son corps a été retrouvé dans sa maison à Gouvy ; le parquet du Luxembourg a indiqué que son mari avait tiré sur elle et sur une autre femme, avant de se donner la mort. Le circuit lui a fait ses adieux comme à celle qui « était devenu[e] le visage du circuit » ; architecte de formation, elle avait couru en Fun Cup et dirigeait l'installation depuis juin 2016.
Les travaux ont commencé à la mi-octobre 2021 et se sont poursuivis tout l'hiver ; en février 2022, « L'Avenir » annonçait pour la nouvelle tribune 4583 places et cinq loges pour 1050 personnes. La Sogepa a ajouté en janvier 2022 un prêt subordonné de 7 millions d'euros, en invoquant plus de 150 jours d'activité perdus à cause de la pandémie. Les modifications à l'Eau Rouge ont été conçues par le bureau Dromo de Jarno Zaffelli, qui est passé par plus de vingt versions du virage, deux jours de simulateur sous la supervision de Thierry Boutsen et d'Emanuele Pirro, et a soumis le projet à la Commission des circuits de la FIA ; le nouveau revêtement, le premier depuis presque vingt ans, a rendu le circuit plus rapide, et l'Eau Rouge est restée en F1 un virage à plein gaz. Les motos sont revenues les 4 et 5 juin 2022 pour les 24h de Spa EWC Motos, presque vingt ans après la dernière épreuve à deux roues, les 24h de Liège de 2003, et plus de trente ans après la décision de la FIM qui, en 1991, avait mis fin ici au Grand Prix moto pour des raisons de sécurité. À l'hiver 2022/23, des gradins et des tribunes pour 7300 spectateurs ont été ajoutés dans la descente vers La Source.
L'effort a payé en janvier 2025, quand la Formule 1 a annoncé la prolongation de son accord avec Spa Grand Prix sous forme de rotation : des courses en 2026, 2027, 2029 et 2031, soit quatre saisons sur six, après que deux nouvelles tribunes ont augmenté la capacité de 10 000 places et que le Grand Prix 2024 a été suivi par 380 000 spectateurs. La chambre de commerce wallonne ajoutait que la course, malgré des records de fréquentation, avait dégagé un déficit couvert par la Région. En juillet 2026, Spa Grand Prix organisait la course pour la vingtième fois d'affilée, en attendant près de 400 000 personnes, personnel compris.
Un circuit pour les amateurs : Public Driving Experience et open pitlane
Entre les courses, le circuit gagne sa vie avec des pilotes sans licence. L'exploitant organise ses propres journées « Public Driving Experience » : des sessions sans chronométrage, réservées exclusivement aux amateurs dans leur propre voiture, avec briefing obligatoire, casque, manches longues, pantalon long et chaussures fermées ; six dates ont été fixées en 2026, du 4 avril au 11 octobre. Un run dure 25 minutes et coûte 135 euros, le forfait de quatre, 389 euros ; les pneus slicks, les voitures de course, les SUV et les tout-terrains sont exclus, la voiture ne peut pas dépasser 103 dB et doit disposer d'un crochet de remorquage. Le bureau des inscriptions se trouve dans le bâtiment « Eau Rouge » au pied du Raidillon, ouvert dès 7 h 30. Qui préfère commencer depuis le siège passager dispose du « baptême de piste » : deux tours en Alpine A110 avec un pilote professionnel, une visite de la salle Race Control et deux tours dans sa propre voiture en convoi derrière une leading car, pour 209 euros, à partir de 16 ans. Des visites guidées du paddock, de la salle de presse et du podium sont organisées de mars à novembre ; un groupe de 20 personnes au maximum paie 210 euros, et une parade en convoi à environ 80 km/h coûte 375 euros pour 15 voitures au maximum.
Les vraies journées de piste en formule open pitlane, avec roulage de 9 h à 18 h et dépassements des deux côtés, sont vendues par des organisateurs extérieurs qui louent le circuit. L'organisateur belge Skylimit Events impose la même limite de 103 dB, avec un premier avertissement et une exclusion au second, l'interdiction des voitures électriques et des gros SUV, le casque obligatoire pour le pilote et le passager, un âge minimum de 16 ans avec une licence de course, un ralentissement à 60 km/h en full course yellow et la signature sur place d'une décharge de responsabilité. Selon le récapitulatif tenu par le blogueur K. Zannos, le calendrier 2026 comptait une quinzaine d'organisateurs, des Britanniques Javelin et Lotus On Track jusqu'à RSRSpa, Porsche Club Francorchamps Days et Creventic, avec des prix allant de quelques centaines à plus de mille euros la journée. La société RSRSpa propose au bord du circuit la location de voitures de sport et de course, ses propres journées de piste, des stages et des baptêmes passager. Pour ceux qui préfèrent regarder, le circuit a ouvert en 2023 les parcours gratuits Circuitsp'Adventure et Balade du centenaire.
L'histoire se conserve hors du circuit. Dans les caves voûtées de l'abbaye de Stavelot est installé le Musée du Circuit de Spa-Francorchamps, avec une exposition de voitures et de motos, de la Ferrari à la Cooper, et les « Demoiselles de Herstal », c'est-à-dire les machines FN, Gillet et Saroléa, des marques déjà engagées au Grand Prix moto en 1922. L'ancienne boucle elle-même reste une route publique. La chicane construite à Masta en 1975 et jamais utilisée sert aujourd'hui d'aire de stationnement au bord de la chaussée, et le vieux S entre les maisons se trouve, comme l'écrivait Mat Coch, « à portée d'oreille » du nouveau circuit : un morceau d'asphalte insignifiant, par lequel a commencé la croisade de Stewart.
Chronologie
- 1920–1921 : Jules de Thier, Joseph de Crawhez et Henri Langlois van Ophem choisissent le triangle de routes Francorchamps–Malmedy–Stavelot ; en août 1921, la course automobile prévue avec un seul engagé est remplacée par une course de 23 motos remportée par Hassal sur Norton.
- 1922 : le RACB organise le premier Grand Prix de Belgique pour voitures de sport ; victoire de l'Impéria-Abadal de l'équipage Tornaco-Bruyère.
- 1924 : première course de 24 heures de Francorchamps.
- 1925 : Antonio Ascari sur Alfa Romeo gagne le Grand Prix d'Europe ; en août, Hollowell meurt au Grand Prix moto.
- 1928 : asphaltage de la surface en terre.
- 1939 : construction du Raidillon à la place de l'épingle près de l'ancien poste de douane ; mort de Richard Seaman au Grand Prix de Belgique.
- 1947 : retour des courses après la guerre ; Jean-Pierre Wimille gagne le Grand Prix d'Europe.
- 1950 : Juan Manuel Fangio gagne le premier Grand Prix de Belgique du championnat du monde de F1 sur un circuit élargi à 8 m, avec un nouveau virage de Stavelot.
- 1956–1957 : élargissement à 10 m, muret de protection, Tour Englebert.
- 1960 : mort de Chris Bristow et d'Alan Stacey au Grand Prix de Belgique ; graves accidents de Moss et de Taylor aux essais.
- 1966 : accident de Jackie Stewart à Masta.
- 1968 : création de l'Association intercommunale pour l'exploitation du Circuit de Spa-Francorchamps.
- 1969 : boycott du Grand Prix par les pilotes de F1.
- 1970 : Pedro Rodríguez gagne le dernier Grand Prix de F1 sur la boucle de 14 kilomètres, moyenne de 241 km/h.
- 1973 : record de Pescarolo à 262,461 km/h ; aux 24h, Joisten, Dubos et Larini trouvent la mort.
- 1975 : chicane de Masta, jamais utilisée.
- 1979 : ouverture de la boucle raccourcie de 6,947 km ; boycotts des motocyclistes ; premières 24h sur le nouveau circuit.
- 1981 : chicane du Bus Stop.
- 1983 : retour de la Formule 1, victoire d'Alain Prost.
- 1985 : mort de Stefan Bellof à l'Eau Rouge pendant les 1000 km de Spa ; premières 24h 2CV.
- 1989 : arrivée de la 3e étape du Tour de France sur le circuit.
- 1991 : la FIM met fin aux Grands Prix moto à Francorchamps.
- 1994 : chicane à l'Eau Rouge pour une seule course, après la tragédie d'Imola.
- 2003 : le Grand Prix de F1 sort du calendrier à cause de la loi antitabac ; création de la SA « Circuit de Spa-Francorchamps ».
- 2005–2006 : faillite de l'organisateur DDF1, Grand Prix 2006 annulé.
- 2007 : nouveaux stands, nouvelle chicane, longueur de 7,004 km, retour de la F1.
- 2008 : décret sur la société de droit public « Le Circuit de Spa-Francorchamps ».
- 2010 : effondrement du tunnel de Blanchimont, circuit fermé jusqu'au 15 avril.
- 2011 : fusion de l'intercommunale et de la SA en une seule société détenue à 99 % par la Région.
- 2018 : virage Jacky Ickx.
- 2019 : mort d'Anthoine Hubert dans une course de Formule 2.
- 2020 : annonce du plan d'investissement de 80 millions d'euros.
- 2021–2022 : refonte des zones de sécurité, nouveau revêtement, tribune au Raidillon ; retour des motos aux 24h de Spa EWC Motos.
- 2023 : nouvelles tribunes dans la descente vers La Source ; mort de Dilano van 't Hoff en Formule Régionale.
- 2025 : accord rotatif avec la Formule 1 pour 2026, 2027, 2029 et 2031.
Sources (63)
- Mat Coch, Masta Kink: The story of motorsport's most dangerous corner, Speedcafe, 2023-08-13 [en]
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- Circuit de Spa-Francorchamps, Le plus beau circuit du monde [fr]
- spa-francorchamps.be [en]
- Spa 1000 Kilometres 1973 – Race Results, RacingSportsCars, 1973-05-06 [en]
- 1960 Belgian Grand Prix race report: Brabham wins tragic race, „Motor Sport” [en]
- FIA, List of FIA licensed circuits, updated on 2024-06-03, 2024-06-03 [en]
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- Circuit de Spa-Francorchamps, Gouvernance [fr]
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