Lédenon, France
Circuit de Lédenon : creusé au bulldozer par un avocat de Nîmes
Le circuit de Lédenon (Gard) : construit par les époux Bondurand, ouvert en 1973, ses accidents, la polémique sur le risque incendie, les règles des roulages.
- Type
- circuit
- Longueur
- 3,156 km
- Ouverture
- 1973

Le jour, Jean-Claude Bondurand plaidait en robe devant le tribunal de Nîmes. Le soir, il l’enlevait et partait sur le chantier avec sa femme Sylvie : à deux, avec un bulldozer acheté pour l’occasion, ils creusaient un circuit dans le coteau pierreux au-dessus du village de Lédenon. C’est ainsi, selon le récit de la famille, qu’est né un site qui, depuis le premier jour, reste aux mains des Bondurand, qui tourne à gauche et dont on dit, dans le milieu des pilotes, que celui qui sait rouler à Lédenon sait rouler partout.
| Localisation | Lédenon, département du Gard, à environ 20 km à l’est de Nîmes, le long de l’autoroute A9 |
| Type | circuit routier permanent, homologation FIA de grade 2 |
| Longueur | 3,156 km selon la famille Bondurand ; les bases anglophones indiquent 3,151 km |
| Ouverture | 16 juin 1973 |
| Sens de roulage | inverse des aiguilles d’une montre |
| Record en course | Soheil Ayari, Saleen S7-R, 1:17,762, catégorie GT1, 2007 (confirmé par une seule source) |
| Propriétaire | la famille Bondurand ; le circuit est dirigé par Marie Bondurand |
| Principales épreuves | championnats de France GT, de voitures de tourisme et Superbike, Coupes de France Promosport |
| Statut | en activité, homologation préfectorale du 26 avril 2023 |
Un avocat, sa femme et un bulldozer
L’idée est née au début des années soixante-dix, quand Paul Ricard a ouvert son circuit au Castellet. Bondurand, avocat à Nîmes et passionné de courses, l’expliquait plus tard simplement : « Paul Ricard avait fait son circuit au Castellet et je me suis dit : pourquoi est-ce que je ne ferais pas ça, moi ? Cela ne me paraissait pas si fou, après tout, qu’est-ce qu’un circuit sinon un simple morceau de route ? » La fille des fondateurs, Marie Bondurand, ajoute dans son entretien avec « Objectif Gard » que son père partageait cette passion avec deux ou trois couples amis et qu’il imaginait des élèves d’auto-écoles venant se perfectionner sur le circuit. À la question de savoir si personne ne le prenait pour un fou, elle a répondu en souriant : « Oh si ! »
Le lieu servait déjà aux motards : dans une cuvette naturelle, on faisait du motocross sur une piste herbeuse. En 1971, le couple a acheté le terrain et un bulldozer, puis a travaillé pendant deux ans les soirs et les week-ends, en suivant le relief pour tracer la piste. Selon « Endurance Info », la machine venait de l’administration des Domaines et servait à creuser dans les pierres. Tout a été financé sur leurs propres deniers ; l’exploitant souligne encore aujourd’hui que les époux n’ont compté que sur leur argent.
Le circuit était déjà prêt dans ses grandes lignes en 1972, mais la Fédération française du sport automobile (FFSA) a exigé des modifications avant de délivrer la licence. L’homologation est arrivée le samedi 16 juin 1973. Pour l’inauguration, une trentaine de Matra Bagheera et d’autres voitures de l’époque sont entrées en piste. La famille compte donc trois ans de travaux entre la décision et le premier tour.
Trente-huit changements de vitesse
Le caractère du circuit découle de sa naissance : sans argent pour niveler le terrain, il a simplement été tracé le long du coteau. L’exploitant le présente comme le plus vallonné, le plus sinueux et le plus technique des circuits de France, où un tour demande près de 38 changements de vitesse. RacingCircuits.info indique que le dénivelé y est le plus important du pays et que, sur une grande partie du tour, les pilotes regardent le ciel au-dessus des crêtes. Le tracé n’a pas changé depuis l’ouverture.
Ce qui frappe le plus, c’est le sens de roulage. La boucle tourne à gauche, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, ce que RacingCircuits.info qualifie d’inhabituel pour un circuit français, tandis que l’exploitant va plus loin et écrit qu’il s’agit du seul site de ce type dans le pays. Le règlement intérieur impose expressément ce sens et interdit d’entrer à contresens dans la voie des stands. Il n’y a qu’une seule ligne droite, longue de seulement 400 mètres ; le reste du tour est fait de courbes et de virages. « Endurance Info » en cite les noms, connus de tous : le triple gauche, le virage du pont, Carrierasse, Camion, Cavalet, Servie et Cuvette.
La longueur du circuit dépend de la source. Marie Bondurand annonce 3,156 km, les bases RacingCircuits.info et Motor Sport Magazine 3,151 km. La différence est de cinq mètres et vient très probablement de méthodes de mesure différentes, même si aucune des sources ouvertes ne l’explique.
Des Matra Bagheera aux championnats de France
Pendant les quatre premières années, seules de petites épreuves s’y sont tenues. Le tournant est venu en 1977, quand les courses de voitures de production sont arrivées à Lédenon, bientôt transformées en championnat de Supertourisme, ainsi que la Formule Renault la même saison. Depuis, le circuit est une étape régulière des calendriers nationaux : il accueille des manches des championnats de France GT, de voitures de tourisme et Superbike. En août 2012, un reporter d’« Objectif Gard » décrivait un dimanche de championnat de France Superbike, qui avait attiré des curieux de toute la région, et une semaine plus tard le circuit devait accueillir les Coupes de France Promosport moto.
Le record en course, selon la base Motor Sport Magazine, appartient à Soheil Ayari, qui a bouclé un tour en 1:17,762 en 2007 sur une Saleen S7-R de catégorie GT1. Aucune autre source pour cette valeur n’a pu être trouvée lors de cette session.
Des pilotes du plus haut niveau sont aussi passés par là. Marie Bondurand rappelle que Jean Alesi, originaire d’Avignon toute proche, considérait Lédenon comme sa piste d’entraînement et qu’Alain Prost y passe régulièrement. Plutôt qu’une histoire de grandes victoires, le circuit a une réputation d’examen : d’où la maxime qu’elle cite, « Quand on sait rouler à Lédenon, on sait rouler partout ».
Une entreprise familiale sans subventions
Les Bondurand n’ont pas cédé le circuit à des tiers, même si cela n’a pas toujours été facile. Marie Bondurand reconnaît que les années qui ont suivi l’ouverture « n’ont pas toujours été évidentes » et que le site a été donné en gérance pendant un certain temps, mais que, depuis la fin des années quatre-vingt-dix, « tout va bien ». Elle souligne qu’il s’agit de l’un des derniers circuits privés de France, sans aucune subvention, entretenu grâce aux redevances des clubs et des pilotes. RacingCircuits.info décrit un site géré par Sylvie et ses trois enfants, ouvert 300 jours par an, avec un chiffre d’affaires annuel de 2,6 millions d’euros, dont 700 000 euros sont réinvestis chaque année dans l’entretien de la piste.
Jean-Claude Bondurand est décédé en février 2022, à l’âge de 91 ans. Aujourd’hui, le circuit est dirigé par Marie Bondurand qui, comme l’écrit « Objectif Gard », a pris la suite de ses parents.
L’ombre : une descente aveugle et une journée privée
Le circuit qui exige tant des pilotes a aussi sa liste de victimes. Le samedi 2 avril 2005, lors de la première manche des Coupes de France Promosport, déplacée à Lédenon après l’annulation de l’épreuve du circuit Carole, Jean-Luc Chalumeau (34 ans, de Saint-Jean-de-Védas) et Stéphane Loicq (33 ans, de la région parisienne) ont trouvé la mort dans une chute collective de cinq motards. L’accident s’est produit dans le repêchage de la catégorie 600 cm³, après un virage à gauche, dans une longue descente aveugle ; trois autres concurrents ont été conduits à l’hôpital avec des blessures légères. Serge Ferrer, président de la commission régionale des courses sur route, déclarait alors au quotidien « Midi Libre » que le circuit « est très rigoureux, certains pilotes le détestent parce qu’ils le trouvent trop dur ». Le lendemain, lors des finales, de nombreux motards ne se sont pas présentés au départ, certains ont enfilé des tee-shirts noirs et d’autres sont rentrés aux stands après deux ou trois tours.
Le second drame dont font état les sources ouvertes n’est pas une course, mais une journée privée. Le mercredi 31 mars 2021, vers 12 h 45, deux motards se sont percutés lors d’un dépassement à grande vitesse ; l’un d’eux est mort malgré l’arrivée rapide des secours. Le circuit était ce jour-là loué par un groupe venu d’Allemagne. La gendarmerie de Nîmes a ouvert une enquête pour homicide involontaire et le second participant a été placé en garde à vue. Les sources ouvertes ne disent rien de l’issue de la procédure.
Le feu sur les collines
À l’été 2026, le circuit a fait la une des médias locaux pour une autre raison. Le 5 juillet, un incendie a ravagé plus de 540 hectares sur les communes de Lédenon et Bezouce. Deux semaines plus tard, l’eurodéputée Chloé Ridel, accompagnée de deux associations locales, a demandé un durcissement des règles : le circuit ne devrait pas fonctionner lorsque le risque incendie atteint le niveau orange. Marie Bondurand a répondu par un communiqué dans lequel elle assure que, depuis le début des années soixante-dix, aucun incendie n’a été attribué à l’activité du circuit, que le site occupe plus de cent hectares de terrain constamment débroussaillé et fauché et que, le jour de l’incendie, il a immédiatement mis le terrain à la disposition des services de secours, qui y ont installé un poste de commandement et des moyens aériens. Elle a estimé que se servir de l’incendie pour réclamer la fermeture relevait d’une « confusion regrettable ».
Une journée circuit à Lédenon
Les amateurs roulent ici depuis longtemps. Dès 2012, Marie Bondurand décrivait des sessions ouvertes mensuelles sans réservation : il suffisait de venir avec son propre véhicule et son permis de conduire, d’attacher sa ceinture, et 20 minutes coûtaient 26 euros. Le calendrier 2026 prévoit dix journées d’entraînement libre de ce type, de fin janvier à décembre, selon le même système : sans inscription, sessions de 20 minutes en alternance pour les voitures et les motos, 33 euros la session en voiture et 28 euros à moto. La condition est une licence FFM ou FFSA, ou bien une assurance de responsabilité civile, et les limites de bruit sont de 97 dB pour les voitures et de 99 dB pour les motos.
Le cadre est fixé par l’arrêté préfectoral du Gard du 26 avril 2023, auquel se réfère le règlement intérieur. Entrée sur le site par un portail à code, mesure statique du bruit de chaque véhicule avant l’accès à la piste, roulage sportif uniquement de 9 h à 12 h 30 et de 14 h à 17 h 30 (drapeau à damier cinq minutes plus tôt), interdiction de démarrer les moteurs entre 22 h et 8 h, interdiction d’accès à la piste et à la voie des stands aux personnes de moins de 16 ans sans licence. Le circuit précise aussi qu’il n’est pas responsable des vols et interdit la recharge des voitures électriques sur les prises de camping, sous peine de 25 euros d’amende.
Marie Bondurand résume la réputation du circuit en une phrase qui, selon elle, circule dans le milieu :
« Quand on sait rouler à Lédenon, on sait rouler partout ».
Sources (10)
- Tony Duret, CIRCUIT DE LÉDENON : « Quand on sait rouler à Lédenon, on sait rouler partout », Objectif Gard, 2012-08-27 [fr]
- Lédenon, RacingCircuits.info [en]
- lmercier, Jean-Claude Bondurand, créateur du Circuit de Lédenon, est décédé, Endurance Info, 2022-02-12 [fr]
- Circuit de Lédenon, Historique, ledenon.com [fr]
- Ledenon, Motorsport Database [en]
- Circuit de Lédenon, Réglement intérieur 2026, ledenon.com [fr]
- Corentin Corger, LÉDENON La directrice du circuit répond à l’eurodéputée Chloé Ridel, Objectif Gard, 2026-07-23 [fr]
- Deux pilotes trouvent la mort à Ledenon, Moto-Net.com, 2005-04-04 [fr]
- Boris De la Cruz, GARD Un motard se tue ce mercredi midi au circuit de Lédenon, Objectif Gard, 2021-03-31 [fr]
- Circuit de Lédenon, Calendrier Entrainement Libre 2026, ledenon.com [fr]